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Les coopératives jeunesse de services (CJS) :
une expérience estivale pleine de plaisir… et d’enseignements !
Sans prétendre régler toutes les difficultés auxquelles sont en butte les adolescents de chez nous, la création des Coopératives jeunesse de service (CJS), implantées depuis près de vingt ans au Québec, a largement fait ses preuves en procurant à des groupes d’une douzaine de jeunes de 14 à 17 ans non seulement du travail pendant tout un été mais surtout, en leur proposant le défi de créer leur propre entreprise qui consistera à offrir une gamme complète de menus travaux aux résidents de leur localité.
Mais ne nous y trompons pas : la particularité, l’originalité de la formule CJS ne reposent pas sur le principe de « soustraire les jeunes à l’oisiveté » mais tient plutôt au fait que ce sont les adolescents eux-mêmes qui, se dotant d'une structure décisionnelle coopérative, prennent les décisions, gèrent les contrats, se partagent tâches et responsabilités… en somme, ils apprennent sur le terrain les rudiments de l’entrepreneurship collectif.
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La CJS SOS TRAVAUX de Haut-Shawinigan en Mauricie, gagnante du concours de photo 2007
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Un encadrement pour une plus grande autonomie
Le comité local
Une CJS ne saurait voir le jour sans la mobilisation des ressources du milieu. Divers représentants (Carrefours jeunesse emploi, Caisses populaires, CLSC, autorités municipales, entrepreneurs, etc.) se réunissent au sein d’un comité local qui aura la responsabilité de voir à l’implantation et au développement du projet CJS.
C’est son poste de directeur général d’un Carrefour Jeunesse Emploi qui a mené tout naturellement Philippe Tisseur à endosser le rôle de membre d’un comité local et de parrain des deux CJS (francophone et anglophone) implantées à Lasalle, dans le sud-ouest de Montréal. Être parrain d’un tel projet comporte de multiples responsabilités, notamment l’embauche des animateurs et leur encadrement, les liens entre la CJS et la communauté, l’animation des rencontres du comité local, la bonne marche de la gestion du projet, la responsabilité légale de la CJS, pour ne nommer que les principales. Rien n’est improvisé dans l’implantation d’une CJS.
Dès l’automne précédant sa réalisation, le comité local mis en place, de concert avec le parrain, s’active : démarches auprès des partenaires locaux, planification du budget qui sera alloué, examen et correction des problèmes ayant pu survenir l’année précédente, analyse les rapports produits pour cette période… C’est ainsi que se mettent en branle les mécanismes qui mèneront à l’implantation d’une nouvelle CJS.
Dès la fin mars, la promotion des CJS en milieu scolaire bat son plein. Kiosques d’information, communications de toutes sortes, c’est l’heure du recrutement qui s’amorce. Les jeunes qui postulent doivent pouvoir démontrer leur intérêt à l’égard de la formule coopérative et manifester un désir marqué et une ferme volonté de vivre cette expérience. En général, une quarantaine de candidatures sont posées et, au terme du processus de sélection, une quinzaine de jeunes coopérants seront rassemblés et mis à pied d’œuvre l’espace d’un été.
Philippe Tisseur, qui œuvre dans les CJS depuis trois ou quatre ans et en connaît tous les rouages, se dit on ne peu plus satisfait des résultats obtenus… bien que l’on puisse envisager davantage (le facteur « financement » étant l’un des plus névralgiques). Il dit apprécier l’accueil réservé par la population à ce type d’apprentissage qui touche la jeunesse et, de ce fait, prépare les adolescents à l’insertion dans la société adulte. En définitive, estime-t-il, la création de CJS, bien qu’elle s’adresse aux jeunes en tout premier lieu, est un excellent exemple de concertation entre divers partenaires car elle fait appel à l’initiative et à l’ingéniosité de tous les acteurs. Surtout, elle fait la démonstration que socialement, il est possible de changer les choses sans recourir nécessairement à des instruments lourds, trop complexes et parfois, peu efficaces. Comment ne pas lui donner raison ?
Les animateurs
Le choix des animateurs-animatrices est une donnée stratégique du bon fonctionnement d’une CJS, cela va de soi. Car ce sont ces personnes qui maintiennent la cohérence, l’harmonie et la solidité du groupe. Elles sont judicieusement formées pour faciliter la mise sur pied d'un projet d'entreprise collective, s’appuyant sur la pédagogie d'éducation coopérative telle qu’élaborée déjà par le RQCT (Regroupement québécois pour la coopération du travail, véritable initiateur des CJS).
Stéphanie L. Bérubé, 22 ans, en est à sa première expérience d’animatrice à la CJS Mile-end de Montréal, parrainée par le YMCA du Parc. Elle est intarissable lorsqu’elle parle de la douzaine d’adolescents dont elle a la charge, secondée dans sa tâche par sa collègue Geneviève avec qui elle partage la même vision du rôle qui leur est dévolu au cœur de cette expérience qu’elle qualifie sans hésiter de « stimulante et gratifiante ». Si Stéphanie semble si à l’aise dans cette nouvelle tâche, c’est sans doute qu’elle fait appel directement au champ d’études qu’elle a choisi, à ses intérêts naturels et à ses compétences. En troisième année de baccalauréat en animation et recherche culturelle, elle ne manque pas d’outils pour travailler efficacement auprès des jeunes. À ses yeux, la CJS correspond à un projet éducatif qui permet le développement de tout un faisceau d’aptitudes chez les jeunes qui s’engagent dans cette aventure estivale.
En plus de promouvoir les valeurs de démocratie et de partage, la CJS insuffle aux adolescents qui s’y inscrivent des notions fondamentales sur l’entrepreneuriat, le sens des responsabilités et l’autonomie. Si elle admet bien sûr qu’au début du projet, l’animatrice doit jouer dans certains cas davantage un rôle de
« formateur » et introduire des préceptes « disciplinaires », elle ajoute aussitôt que cette approche laisse bientôt place à des rapports fondés sur la confiance, l’émulation et le partage des acquis.
Stéphanie affiche une grande fierté et tire une immense satisfaction de son travail d’animatrice. Il faut dire qu’au départ, elle aime les jeunes et toutes les promesses qu’ils portent en eux. Parions que de leur côté, c’est le même sentiment qui prévaut… Qui sait d’ailleurs si Stéphanie n’aura pas, l’an prochain, à la faveur des formidables résultats qu’elle connaît cette année, envie de renouveler une expérience aussi probante… Chose certaine, les jeunes qui pourraient en bénéficier seraient solidement accompagnés.
La concertation des acteurs
Pourtant, quelle que soit la bonne volonté du comité local à l’origine d’une CJS, et indépendamment de la valeur et de la détermination des animateurs-animatrices sélectionnés, il est certain que, sans une véritable concertation entre tous les intervenants du réseau, un projet CJS ne peut trouver son achèvement. C’est ainsi que le RÉSEAU doit soutenir les organisations régionales de développement (ORD) (1) à l’échelle du Québec et les comités locaux de la région de Montréal, prendre en charge la formation des animatrices-animateurs afin qu’ils s’acquittent au mieux de leur tâche, produire des documents de promotion, d'information et de formation liés à la réalité des CJS, promouvoir la réussite des nombreuses expériences locales auprès des instances nationales et régionales, produire les bilans qui en attestent ainsi que les outils qui en démontrent les applications… Toutes ces considérations et bien d’autres encore présupposent une véritable synergie entre tous les acteurs.
Ce qu’une CJS propose à un adolescent
Bien plus que de procurer à un adolescent un emploi rémunéré qu’il aura en partie créé, l’expérience CJS offre à la jeunesse un ancrage dans la réalité « du terrain » en même temps qu’une fenêtre sur la configuration de son avenir une fois qu’il aura atteint l’âge adulte. Préambule à l’insertion dans l’univers des adultes et la plongée, parfois abrupte, dans le monde du travail, l’expérience de la CJS peut être considérée comme une initiation à la plupart des phénomènes que présentera ultérieurement la vie démocratique en société. Très tôt, le jeune qui y adhère met à l’épreuve le sens et la valeur du travail et développe précocement un sens certain de l’autonomie tout en apprenant les rudiments de la gestion d’une entreprise coopérative.
Sur le plan humain, il apprend surtout à connaître (et à dépasser possiblement) ses limites, à partager les apprentissages individuels pour les transposer en gains collectifs, à cultiver débrouillardise et sens des responsabilités, à éprouver l’appartenance à un groupe et le sentiment de solidarité qui s’en dégage, à goûter la satisfaction de voir ses actions reconnues et encouragées par ses pairs aussi bien que par les adultes qui l’entourent.
L’« effet CJS » sur le parcours d’un adolescent
Le projet communautaire CJS découle en droite ligne du modèle « coopérative de travail » car il est porteur des mêmes valeurs et se fonde sur des postulats similaires. Le modèle CJS favorise en effet la mise en commun des ressources les plus « conscientisées » de la communauté, lesquelles, plutôt que d’agir isolément, se rassemblent et se concertent en vue de l’atteinte d’un résultat précis qui, par ricochet, se répercutera sur le potentiel de développement socio-économique, tant local que régional.
Autre aspect qui apparente la CJS à la coopérative de travail : l'appropriation du projet par les adolescents eux-mêmes (tout en étant solidement encadrés, cela va de soi), qui leur permet de vérifier concrètement leur apprentissage et les incite à se dépasser. Le sentiment d’être des personnes autonomes et non pas des pions sur un échiquier, de pouvoir décider, de devoir consulter, de se sentir « responsable » face à soi-même et aux yeux de son groupe, toutes ces potentialités ne peuvent que favoriser la connaissance de soi-même et l’aptitude au changement. C’est du moins ce qui ressort de nombreux témoignages (visiter le site www.rqct.coop/cjs/cjspub/salledepresse/temoignage.asp) livrés par une foule de jeunes coopérants de tous âges pour qui l’aventure de la CJS a, sinon changé leur vie, à tout le moins renforcé l’estime d’eux-mêmes et en même temps « élargi » leur perception de la société.
Il y a 20 ans, le projet pilote CJS prenait forme sans porter la moindre garantie de stabilité, de pérennité. Le Regroupement québécois pour la coopération du travail, qui en était le promoteur, a réussi, en deux décennies, à l’enraciner, à le faire prospérer, à l’intégrer harmonieusement dans la perspective de la coopération du travail. Et les potentialités de développement élargi de cette formule « gagnante » ne manquent pas. Beaucoup reste encore à faire ; il s’agit de mettre en œuvre les moyens nécessaires. Aujourd’hui, en 2007, 155 CJS essaiment dans toutes les régions du Québec, soutenues par plus de 600 organismes et acteurs locaux, pour permettre à une fraction de la jeunesse d’occuper une place spécifique dans l’univers du travail, de la communauté… mais surtout, d’accéder à la connaissance de soi.
(1) Les ORD sont les organismes qui soutiennent, dans les régions, la création et le développement des CJS. Pour mieux comprendre la structuration du projet CJS, lire dans ce bulletin : « La configuration du réseau CJS : à la fois riche et complexe ».
Geneviève Girard
Le 22 août 2007 |
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