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Les paramédics : chevaliers du macadam … ou sauveteurs méconnus ?
Ils arrivent en trombe là où survient l’accident, la maladie, voire la catastrophe. Ils sont sur la ligne de feu partout où chaque minute compte. Ils ramènent à la vie là où tout espoir semble parfois perdu… Qui sont ces sauveteurs sans cesse en mouvement dont l’action fait souvent la différence entre la vie… ou le trépas ? Ce sont le paramédics, qu’on appelait autrefois « techniciens ambulanciers », des intervenants de première ligne dont le rôle est crucial dans le réseau de la santé.
| Pour nous parler de ce métier aussi imprévisible que palpitant, nous avons demandé à M. Ronald Cusson, lui-même paramédic et vice-président de la Coopérative des employés et techniciens ambulanciers de la Montérégie (CETAM), de partager avec nous un peu de sa vaste expérience. Ayant pratiqué le métier d’ambulancier quelques années à Saint-Hyacinthe, Ronald Cusson se joint, en 1988, à la soixantaine de membres de la CETAM nouvellement formée. À l’époque, les effectifs sont bien modestes : la CETAM ne compte que 70 membres, dessert 33 municipalités (de la rive-sud, la Montérégie précisément), et dispose de 13 véhicules aptes à répondre à 20 000 appels |
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annuellement. Voyez un peu l’évolution du scénario 20 ans plus tard : en 2007, la CETAM regroupe 280 membres, assure les services auprès de 70 municipalités (un immense territoire couvrant 2700 km 2 ) et mobilise 30 véhicules répondant à 50 000 appels par année.
Une telle croissance s’explique avant tout par les besoins en santé qu’entraîne le vieillissement progressif de la population ; elle a également pour origine les changements reliés au mode de vie de la population. Par ailleurs, il est certain que l’essor qu’a connu cette coopérative, de même que le dynamisme qui la caractérise, reposent principalement sur l’engagement et le dévouement de chacun de ses membres, sur leur ardeur à pratiquer un métier aussi exigeant que gratifiant. Il est plaisant d’écouter Ronald Cusson évoquer avec fougue sa longue expérience de paramédic et affirmer qu’il n’envisage pas encore la retraite (pas avant au moins cinq ans, clame-t-il). Nullement blasé ni attiédi par tant d’années de service, il se réjouit au contraire d’apprendre encore chaque jour des tas de choses sur le terrain. Sans compter qu’il lui tient à cœur de transmettre aux plus jeunes une partie de ses connaissances… Décidément, Ronald Cusson a la flamme du métier chevillée au corps… et il tire une immense satisfaction à en propager la chaleur à tout son entourage.
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La CETAM est la première coopérative de soins préhospitaliers à avoir vu le jour au Québec, en 1988, comme nous le disions plus haut. Ronald Cusson était déjà à l’époque un militant syndical aguerri, ce qui le prédisposait à s’intéresser au mouvement coopératif. Âpres négociations, batailles épiques auprès des ministères, mobilisation des troupes, lutte pour l’avancée des droits des travailleurs de ce secteur, il a été de toutes les luttes.
Rien d’étonnant qu’un tel engagement ait porté fruit…et largement contribué à l’amélioration et la professionnalisation du métier de paramédic… Par ricochet, c’est l’ensemble de la population |
qui en a tiré profit. Pensons simplement à la qualification professionnelle qui était quasi inexistante à l’époque où le paramédic (d’aujourd’hui) était perçu comme un simple « transporteur » de malades. C’est ainsi qu’au fil des ans, une attestation d’études collégiales (AEC) est devenue nécessaire pour être autorisé à pratiquer le métier et, depuis peu, un diplôme d’études collégiales (DEC) d’une durée de trois ans est exigé. On déplore toutefois aujourd’hui une pénurie de paramédics diplômés. On estime qu’il faudra pas moins de 5 ans avant que les besoins soient à peu près comblés. La formation existe certes - il s’agit du Programme en soins hospitaliers d’urgence - mais les places disponibles pour s’inscrire sont contingentées. Avec entre autres pour résultat un problème de surcharge de travail généralisé dans le milieu, les conséquences physiques et psychologiques que cela entraîne et, conséquemment, une incidence sur les délais de réponses aux appels.
De nos jours, il est ahurissant de constater que tout un appareillage technique « pointu » est installé à bord des ambulances… et que son utilisation requiert des connaissances de plus en plus poussées et une polyvalence certaine. À titre d’exemple, mentionnons que la CETAM a travaillé d’arrache-pied, et ce dès 1992, en faveur de l’installation du moniteur défibrillateur semi-automatique à bord des ambulances, de même que pour l’emploi du combitube (dispositif conçu pour protéger les voies respiratoires en situation d’arrêt cardio-respiratoire) ou de la cardiopompe (dont l’usage est moins répandu), tous instruments et bien d’autres qui ont carrément permis de sauver des vies… car en situation d’urgence, une seule minute de délai peut faire toute la différence. Pas étonnant que les résultats en réanimation préhospitalière en Montérégie soient considérés parmi les meilleurs en Amérique du Nord... Soucieuse d’améliorer sans cesse les services aux usagers, la CETAM a souvent dû arracher de force ces innovations capitales auprès des décideurs et des pouvoirs publics. Et pourtant, toutes ces innovations sont devenues essentielles au maintien de la vie à bord des véhicules ambulanciers. Et que dire du délai de réponse garanti par les paramédics de CETAM : entre 6 et 9 minutes en zone urbaine ! Difficile de faire mieux…
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Mais les positions d’avant-garde ne sont pas que techniques chez CETAM. C’est en effet dans cette coopérative de soins préhospitaliers que l’on trouve le plus grand nombre de femmes paramédics au Québec, une moyenne qui avoisine les 38 % ! En matière de promotion des métiers non traditionnels, c’est là un enviable palmarès. Selon Ronald Cusson, les femmes sont tout à fait à l’aise et efficaces dans le rôle de paramédics car, outre leurs compétences techniques, elles apportent dans l’exercice du métier des qualités et des attitudes qui leur sont propres. |
Bien que Ronald Cusson soit toujours très actif sur le terrain, il n’en néglige pas pour autant les activités de formation et de prévention qui sont inhérentes à la mission de CETAM. Persuadé que l’objectif premier d’un paramédic consiste ultimement à sauver des vies avant que les patients ne soient confiés au réseau hospitalier, il tient pour essentiel que l’entourage du patient connaisse et applique au mieux les rudiments des techniques de survie avant l’arrivée de l’ambulance. C’est ainsi qu’à lui seul, il forme entre 1 000 et 1 500 personnes par année, leur enseignant les techniques de réanimation cardio-respiratoire (RCR), une intervention pratiquée par un proche qui, dans presque tous les cas, permet de maintenir en vie le malade en crise jusqu’à sa prise en charge par les paras.
Du côté des affiliations, la CETAM est à la fois membre de la Fédération des coopératives des paramédics du Québec et du RÉSEAU de la coopération du travail du Québec, regroupement nouvellement formé. Ronald Cusson explique cette double appartenance par le fait que les paramédics ont été liés traditionnellement à des syndicats autonomes et ont toujours tenu farouchement à leur indépendance. Du fait de la spécificité de leur métier et des revendications particulières qu’ils ont adressées au ministère de la Santé et des Services sociaux, ils se sont bâti une fédération forte leur garantissant un droit de parole prépondérant et une solide autonomie. À la faveur de la structuration toute récente du RÉSEAU, les affinités « naturelles » de la CETAM avec ce modèle coopératif se sont fait jour, sans qu’il soit nécessaire pour autant de rompre les attaches avec la Fédération des paramédics. Tout porte à croire que cette double appartenance, bien loin de freiner ou d’entraver l’évolution de la CÉTAM, ne fera que mettre en lumière le dynamisme et le progressisme de sa vision.
Geneviève Girard
Le 25 octobre 2007
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